Brise larme

Une peine perdue

jeudi 21 décembre 2006

Luna

Pour Louisa, qui ne va pas, qui ne vient plus... pour Louisa, ma Lune, la lumiére dans n'importe quelle nuit... je pense à toi Louisa!

Eloigne-toi plus encore
Que les bords du ciel
Les draps protègent tes chairs
Que les plis font si tendres
Où viendront déferler
Les jours opprobres
Des poussières de silence
Tes bras qui s'épanchent
Les lignes de ta main
Sois sans le doute
Sans perler d'eau salée
Des hérons qui se moquent
Les braillardes s'en vont
Déplorer la nouvelle
Survolant les sallants
Et l'usure de nos mains

Une poule c'est con un jour c'est long
Un entrechat sur ta sépulture
Les cannes en l'air dans la Tour Magne
Luna

Quant à la pluie
Qui nous racole
L'immensité des plafonds
Et nos coeurs qui décollent
Le soleil d'hiver
Et les corbeaux sur la blanche
Font brûler mes yeux
D'une autre route
Les vents nous vivent les heures
Du trois-quarts de frisson
Et la part qu'il nous reste
Sois en certain
Nous emmenera demain
Séculaire mémoire

Une poule c'est con un jour c'est long
Un entrechat sur ta sépulture
Les cannes en l'air dans la Tour Magne
Luna

Et ce jour où je viendrai
Oh Luna
Pleurer dans vos bras

LUNA (Têtes Raides)

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jeudi 7 décembre 2006

POUR GAGNER

POUR GAGNER (MANO SOLO)

Tu joues seulement pour gagner à ce jeu sans règles
Ou seulement les tiennes qu'il faut déchiffrer
Comme les os d'un griot dans les clous que tu sèmes derrière ton dos
Qui me transforme en statue de plaies sur laquelle tu jettes du sel
Et tu disparais dans l'aveuglante douleur
Et ce seront les sentiments d'un autre qui courront sur ta peau
Comme un jeu de chien fou
Se seront ces mots que tu engouffreras
Ses mains d'or et de satin ton favori butin
Tu lui prendras tout ce qu'il a, tu y prendras plaisir
Et lui dans le mutisme de l'échec, il ne pourras pas me dire
Qui tu étais cette fois-ci

De quelle façon tu prétendais tes envies
Et de son coeur écrasé s'échapperont les milles questions
Qui rejoindront les miennes dans le ruisseau
Et tu iras d'un bond tranquille secouer d'autre mers, d'autre îles
Changeant de couleur au gré du courant
Te faisant rétif récif tu t'amarres de tristes épaves
Que tu abandonnes la tripe à vif découpées par ton sillage
Sans même le radeau d'un mot gentil
Et abordant d'autres rivages qui seras-tu cette fois-ci
Pousseras-tu les mêmes cris, saura-t-il s'en amuser comme tant d'autres
Se fera-t-il abuser du flot de tes jouissances
De laquelle de tes révolutions seras-tu le fer de lance
Sera-t-il transpercé de ton indépendance
De quelle dorure peindras-tu ton coeur
De quel déguisement habilleras-tu tes sentiments
Ne lui laisseras-tu comme vague odeur que celle fétide d'un lendemain de fête
Une fête que toi tu t'es faite
Mais que lui ça lui aura fait perdre la tête

Tu joues seulement pour gagner
Tu joues toute seule

(au masculin aussi ça marche!)

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vendredi 13 octobre 2006

Soleil et chair

Soleil et chair (Arthur Rimbaud)

Le Soleil, le foyer de tendresse et de vie,
Verse l'amour brûlant à la terre ravie,
Et, quand on est couché sur la vallée, on sent
Que la terre est nubile et déborde de sang ;
Que son immense sein, soulevé par une âme,
Est d'amour comme Dieu, de chair comme la femme,
Et qu'il renferme, gros de sève et de rayons,
Le grand fourmillement de tous les embryons !

Et tout croît, et tout monte !

- Ô Vénus, ô Déesse !
Je regrette les temps de l'antique jeunesse,
Des satyres lascifs, des faunes animaux,
Dieux qui mordaient d'amour l'écorce des rameaux
Et dans les nénufars baisaient la Nymphe blonde !
Je regrette les temps où la sève du monde,
L'eau du fleuve, le sang rose des arbres verts
Dans les veines de Pan mettaient un univers !
Où le sol palpitait, vert, sous ses pieds de chèvre ;
Où, baisant mollement le clair syrinx, sa lèvre
Modulait sous le ciel le grand hymne d'amour ;
Où, debout sur la plaine, il entendait autour
Répondre à son appel la Nature vivante ;
Où les arbres muets, berçant l'oiseau qui chante,
La terre berçant l'homme, et tout l'Océan bleu
Et tous les animaux aimaient, aimaient en Dieu !
Je regrette les temps de la grande Cybèle
Qu'on disait parcourir, gigantesquement belle,
Sur un grand char d'airain, les splendides cités ;
Son double sein versait dans les immensités
Le pur ruissellement de la vie infinie.
L'Homme suçait, heureux, sa mamelle bénie,
Comme un petit enfant, jouant sur ses genoux.
- Parce qu'il était fort, l'Homme était chaste et doux.

Misère ! Maintenant il dit : Je sais les choses,
Et va, les yeux fermés et les oreilles closes.
Et pourtant, plus de dieux ! plus de dieux ! l'Homme est Roi,
L'Homme est Dieu ! Mais l'Amour, voilà la grande Foi !
Oh ! si l'homme puisait encore à ta mamelle,
Grande mère des dieux et des hommes, Cybèle ;
S'il n'avait pas laissé l'immortelle Astarté
Qui jadis, émergeant dans l'immense clarté
Des flots bleus, fleur de chair que la vague parfume,
Montra son nombril rose où vint neiger l'écume,
Et fit chanter, Déesse aux grands yeux noirs vainqueurs,
Le rossignol aux bois et l'amour dans les coeurs !

II

Je crois en toi ! je crois en toi ! Divine mère,
Aphrodite marine ! - Oh ! la route est amère
Depuis que l'autre Dieu nous attelle à sa croix ;
Chair, Marbre, Fleur, Vénus, c'est en toi que je crois !
- Oui, l'Homme est triste et laid, triste sous le ciel vaste.
Il a des vêtements, parce qu'il n'est plus chaste,
Parce qu'il a sali son fier buste de dieu,
Et qu'il a rabougri, comme une idole au feu,
Son cors Olympien aux servitudes sales !
Oui, même après la mort, dans les squelettes pâles
Il veut vivre, insultant la première beauté !
- Et l'Idole où tu mis tant de virginité,
Où tu divinisas notre argile, la Femme,
Afin que l'Homme pût éclairer sa pauvre âme
Et monter lentement, dans un immense amour,
De la prison terrestre à la beauté du jour,
La Femme ne sait plus même être courtisane !
- C'est une bonne farce ! et le monde ricane
Au nom doux et sacré de la grande Vénus !

III

Si les temps revenaient, les temps qui sont venus !
- Car l'Homme a fini ! l'Homme a joué tous les rôles !
Au grand jour, fatigué de briser des idoles,
Il ressuscitera, libre de tous ses Dieux,
Et, comme il est du ciel, il scrutera les cieux !
L'Idéal, la pensée invincible, éternelle,
Tout ; le dieu qui vit, sous son argile charnelle,
Montera, montera, brûlera sous son front !
Et quand tu le verras sonder tout l'horizon,
Contempteur des vieux jougs, libre de toute crainte,
Tu viendras lui donner la Rédemption sainte !
- Splendide, radieuse, au sein des grandes mers
Tu surgiras, jetant sur le vaste Univers
L'Amour infini dans un infini sourire !
Le Monde vibrera comme une immense lyre
Dans le frémissement d'un immense baiser !

- Le Monde a soif d'amour : tu viendras l'apaiser.

Ô ! L'Homme a relevé sa tête libre et fière !
Et le rayon soudain de la beauté première
Fait palpiter le dieu dans l'autel de la chair !
Heureux du bien présent, pâle du mal souffert,
L'Homme veut tout sonder, - et savoir ! La Pensée,
La cavale longtemps, si longtemps oppressée
S'élance de son front ! Elle saura Pourquoi !...
Qu'elle bondisse libre, et l'Homme aura la Foi !
- Pourquoi l'azur muet et l'espace insondable ?
Pourquoi les astres d'or fourmillant comme un sable ?
Si l'on montait toujours, que verrait-on là-haut ?
Un Pasteur mène-t-il cet immense troupeau
De mondes cheminant dans l'horreur de l'espace ?
Et tous ces mondes-là, que l'éther vaste embrasse,
Vibrent-ils aux accents d'une éternelle voix ?
- Et l'Homme, peut-il voir ? peut-il dire : Je crois ?
La voix de la pensée est-elle plus qu'un rêve ?
Si l'homme naît si tôt, si la vie est si brève,
D'où vient-il ? Sombre-t-il dans l'Océan profond
Des Germes, des Foetus, des Embryons, au fond
De l'immense Creuset d'où la Mère-Nature
Le ressuscitera, vivante créature,
Pour aimer dans la rose, et croître dans les blés ?...

Nous ne pouvons savoir ! - Nous sommes accablés
D'un manteau d'ignorance et d'étroites chimères !
Singes d'hommes tombés de la vulve des mères,
Notre pâle raison nous cache l'infini !
Nous voulons regarder : - le Doute nous punit !
Le doute, morne oiseau, nous frappe de son aile...
- Et l'horizon s'enfuit d'une fuite éternelle !...

Le grand ciel est ouvert ! les mystères sont morts
Devant l'Homme, debout, qui croise ses bras forts
Dans l'immense splendeur de la riche nature !
Il chante... et le bois chante, et le fleuve murmure
Un chant plein de bonheur qui monte vers le jour !...
- C'est la Rédemption ! c'est l'amour ! c'est l'amour !...

IV

Ô splendeur de la chair ! ô splendeur idéale !
Ô renouveau d'amour, aurore triomphale
Où, courbant à leurs pieds les Dieux et les Héros,
Kallipyge la blanche et le petit Éros
Effleureront, couverts de la neige des roses,
Les femmes et les fleurs sous leurs beaux pieds écloses !
- Ô grande Ariadné, qui jettes tes sanglots
Sur la rive, en voyant fuir là-bas sur les flots,
Blanche sous le soleil, la voile de Thésée,
Ô douce vierge enfant qu'une nuit a brisée,
Tais-toi ! Sur son char d'or brodé de noirs raisins,
Lysios, promené dans les champs Phrygiens
Par les tigres lascifs et les panthères rousses,
Le long des fleuves bleus rougit les sombres mousses.
- Zeus, Taureau, sur son cou berce comme une enfant
Le corps nu d'Europé, qui jette son bras blanc
Au cou nerveux du Dieu frissonnant dans la vague.
Il tourne lentement vers elle son oeil vague ;
Elle, laisse traîner sa pâle joue en fleur,
Au front de Zeus ; ses yeux sont fermés ; elle meurt
Dans un divin baiser, et le flot qui murmure
De son écume d'or fleurit sa chevelure.
- Entre le laurier-rose et le lotus jaseur
Glisse amoureusement le grand Cygne rêveur
Embrassant la Léda des blancheurs de son aile ;
- Et tandis que Cypris passe, étrangement belle,
Et, cambrant les rondeurs splendides de ses reins,
Étale fièrement l'or de ses larges seins
Et son ventre neigeux brodé de mousse noire,
- Héraclès, le Dompteur, qui, comme d'une gloire,
Fort, ceint son vaste corps de la peau du lion,
S'avance, front terrible et doux, à l'horizon !

Par la lune d'été vaguement éclairée,
Debout, nue, et rêvant dans sa pâleur dorée
Que tache le flot lourd de ses longs cheveux bleus,
Dans la clairière sombre où la mousse s'étoile,
La Dryade regarde au ciel silencieux...
- La blanche Séléné laisse flotter son voile,
Craintive, sur les pieds du bel Endymion,
Et lui jette un baiser dans un pâle rayon...
- La Source pleure au loin dans une longue extase...
C'est la Nymphe qui rêve, un coude sur son vase,
Au beau jeune homme blanc que son onde a pressé.
- Une brise d'amour dans la nuit a passé,
Et, dans les bois sacrés, dans l'horreur des grands arbres,
Majestueusement debout, les sombres Marbres,
Les Dieux, au front desquels le Bouvreuil fait son nid,
- Les Dieux écoutent l'Homme et le Monde infini !

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mercredi 11 octobre 2006

Loquace

Ce soir j'ai mis les aMAREDSOUS, comprenne qui pourra, qui voudra... qui vomira?... c'est moi!... peut-être pas à force d'entraînement, d'amarre et de sang, marée de sans... sans arrêt, sans frontiére... fontaine à biére!... j'aimerais bien ça comme cadeau de Noël mais j'ose pas le demander vous imaginez mes proches, ça fait pochtron, pauv'con!... La Maredsous c'est une biére... BELGE... une triple fermentation comme seuls les moines savent faire... un avant goût de l'enfer à 10°?... par des Bénédictins, pas des Trappistes... M'enfin!... vous n'avez rien à foutre... Alors du Domaine Goisot, vins de Bourgogne, vins de l'Yonne?...  pareil!... vous n'avez rien à foutre?... ce sera mon cadeau de Noël pour mes proches amateurs de vin, de ceux (les vins) qu'on obtient au compte goutte... ils ne sont pas chers mais ils sont inestimables... M'enfin!... c'est vrai je suis pas venu pour ça...

Cécile m'a dit "On peut se demander ce qui a fait que tu es devenu moins loquace..."... j'ai pas répondu... bah nan y'a plein de trucs que j'ai pas envie de dire et surtout pas à mes collégues... mais qu'est_ce qui m'a prit de lui dire que j'étais un gamin bavard et ça jusqu'à mes 20 ans?... probablement le besoin de trouver une oreille affable... je sais qu'elle aussi a vécu des choses terribles dans sa vie... mais c'est pas une raison pour vider la citerne si terne... ouhais j'ai vecu de 18 à 24 des trucs pas folichon... ouhais ça m'a cassé mais c'est pas une raison... je me rends compte que je cherche à polir mon image, je ne suis pas ce que je suis... l'extérieur trompe l'intérieur... pas facile à vivre... je me demande si je ne devrais pas plutôt extérioriser tout ce qui me fait... au risque de déplaire, au risque de quoi?... au risque de livrer mes extrêmes, de froisser ma famille et mon milieu professionnel... je crois bien que je vais me laisser bouffer de l'intérieur... me cacher jusqu'à la derniére heure!... Je sais bien que même avec mon déguisement de type banal je pourrais pas vivre un amour inoxydable, j'ai bien vu avec Miss Lilie, je manque d'équilibre si je me ravale... je sais plus trop où j'en suis, qui je suis... Vous n'avez pas la réponse?... c'est aussi bien comme ça, changeons rien!...

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lundi 4 septembre 2006

27 x 2 = 54

"Les souvenirs d'enfance se ravivent quand on a atteint la moitié de la vie. C'est comme un manuscrit palympseste dont on fait reparaître les lignes par des procédés chimiques."... De Nerval Angélique

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lundi 28 août 2006

L'impair de mon pére

"Vraiment je suis trés étonné qu'il ait pu avoir le courage et la force d'aller jusque là..."...tels furent les mots de mon pére... j'ai 16 ans à l'époque, je suis éléve de 1ére S. au Legta d'Arras... il y a quelques jours de ça je remportais un titre de champion de France de cross country, par équipe, couru à Beaune en Côte d'Or... la course à pied... voilà un peu plus d'un an que je m'y suis mis en scolaire, comme ça, pour occuper mes Mercredi aprés midi (je n'ai pas d'autorisation de sortie pour cette seule demi-journée de répi comme interne)... je n'ai pas vraiment l'esprit de compétition, c'est vrai, ayant été un enfant solitaire je ne me suis jamais senti l'âme d'un compétiteur, mais j'aime le travail bien faît et si ... et si je m'engage j'aime me donner tout entier... tout entier, c'est le mot, pour atteindre l'objectif tant désiré... tant désiré par notre coach et mes coéquipiers... nous obtenons l'autorisation de nous entraîner durant les heures de cours... exit les TP de physique, Au revoir les heures d'histoire... pendant quelques semaines le bois de Tilloy les mofflaines voit... suer le sang et l'eau cinq jeunes gens en short et maillot... des cinq je suis le moins bon, tous ne vivent que pour la compétition... moi... depuis quelques mois je me suis à fumer comme un tison, rupture amoureuse pour une fille dont je ne me souviens même plus le prénom, c'est idiot, idiomatique du lexique de ma vie... c'est un travail douloureux que la course à pied, ma rotule gauche se bloque parfois, je cherche juste à aller au delà de moi... le travail est fructueux... 11s au 100 métres je vais devoir balayer au départ pour mes coéquipiers, jouer des épaules et des coudes, en début de course, pour tracer une ligne droite avant le goulot d'étranglement... ensuite... aller au bout de mes tripes, les poumons carbonisés... soigner ma position à l'arrivée pour espérer grappiller quelques poings... je serais, 220/360... avant dernier de mon équipe, une course épique, à l'arrivée les deux genoux (hiboux, cailloux) bloqués... une médaille autour de mon cou... et mon pére à qui ça ne fait ni chaud ni froid... qui ne croyais pas que ce bonhomme frêle...

Qu'il aille se faire foutre!...

Dés ce jour, j'ai cherché à me faire mal... qu'il s'en aille... merde!... j'ai pris la mauvaise route...

merci à St. Bernardus Abt 12 & Trappistes Rochefort....

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samedi 26 août 2006

L'écriture pompette

Yves: Vous disiez: on peut écrire des choses tristes en étant heureux...

Miossec: Il faut de la distance. Si tu es déprimé, tu vas faire des choses vraiment déprimantes, tu n'auras pas de style; ce ne sera pas alerte... Et, si tu as un coup dans le nez, tu écris de la merde. moi j'aime bien être pompette.

Cali: Pour écrire?

Miossec: Juste ce qu'il faut, pompette, juste pompette, l'écriture pompette!

Cali: L'écriture pompette... (rires)

extrait de Cali Miossec
Grégoire Laville Yves Colin
aux éditions le bord de l'eau

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mardi 22 août 2006

Le Stigmate/Melancholia

Théodore de Banville, Le Stigmate

Et in fronte ejus nomen scriptum: Mysterium... Apocalypsis, caput XVII.

Une nuit qu'il pleuvait, un poète profane M'entraîna follement chez une courtisane Aux épaules de lys, dont les jeunes rimeurs Couronnaient à l'envi leur corbeille aux primeurs. Donc, je me promettais une femme superbe Souriant au soleil comme les blés en herbe, Avec mille désirs allumés dans ces yeux Qui reflètent le ciel comme les bleuets bleus. Je rêvais une joue aux roses enflammées, Des seins très à l'étroit dans des robes lamées, Des mules de velours à des pieds plus polis Que les marbres anciens par Dypoene amollis, Dans une bouche folle aux perles inconnues La Muse d'autrefois chantant des choses nues, Des Boucher fleurissants épanouis au mur, Et des vases chinois pleins de pays d'azur. Hélas! qui se connaît aux affaires humaines? On se trompe aux Agnès tout comme aux Célimènes: Toute prédiction est un rêve qui ment! Ainsi jugez un peu de mon étonnement Lorsque la Nérissa de la femme aux épaules Vint, avec un air chaste et des cheveux en saules, Annoncer nos deux noms, et que je vis enfin L'endroit mystérieux dont j'avais eu si faim. C'était un oratoire à peine éclairé, grave Et mystique, rempli d'une fraîcheur suave, Et l'oeil dans ce réduit calme et silencieux Par la fenêtre ouverte apercevait les cieux. Le mur était tendu de cette moire brune Où vient aux pâles nuits jouer le clair de lune, Et pour tout ornement on y voyait en l'air La Melancholia du maître Albert Dürer, Cet Ange dont le front, sous ses cheveux en ondes, Porte dans le regard tant de douleurs profondes. Sur un meuble gothique aux flancs noirs et sculptés Parlant des voix du ciel et non des voluptés, Souriait tristement une Bible entr'ouverte Sur une tranche d'or ouvrant sa robe verte. Pour la femme, elle était assise, en peignoir brun, Sur un pauvre escabeau. Ses cheveux sans parfum Retombaient en pleurant sur sa robe sévère. Son regard était pur comme une primevère Humide de rosée. Un long chapelet gris Roulait sinistrement dans ses doigts amaigris, Et son front inspiré, dans une clarté sombre Pâlissait tristement, plein de lumière et d'ombre! Mais bientôt je vis luire, en m'approchant plus près Dans ce divin tableau, sombre comme un cyprès, Dont mon premier regard n'avait fait qu'une ébauche, Aux lèvres de l'enfant le doigt de la débauche, Sur les feuillets du livre une tache de vin. Et je me dis alors dans mon coeur: C'est en vain Que par les flots de miel on déguise l'absinthe, Et l'orgie aux pieds nus par une chose sainte. Car Dieu, qui ne veut pas de tare à son trésor Et qui pèse à la fois dans sa balance d'or Le prince et la fourmi, le brin d'herbe et le trône, Met la tache éternelle au front de Babylone!

Février 1841.

durer

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samedi 12 août 2006

Les mots de Momo

"Madamùe Rosa a le droit sacré des peuples à disposer d'elle-même, comme tout le monde. et si elle veut se faire avorter, c'est son droit. (...) Madame Rosa qui est la seule chose que j'aie aimé ici et je ne vais pas la laisser devenir champion du monde des légumes pour faire plaisir à la médecine (...) et si vous n'étiez pas un vieux youpin sans coeur mais un vrai Juif avec un vrai coeur à la place de l'organe vous feriez une bonne action et vous avorteriez Madame Rosa tout de suite pour la sauver de la vie qui lui a été foutue au cul par un père qu'on connaît même pas et qui n'a même pas de visage tellement il se cache et il n'est même pas permis de le représenter parce qu'il a toute une maffia pour l'empêcher de se faire prendre et c'est la criminalité, Madame Rosa, et la condamnation des sales cons de médecins pour refus d'assistance..."...ainsi parle le coeur de Momo dans "La vie devant soi" de Romain Gary (Emile Ajar)... Momo qui accompagnera madame Rosa dans sa mort et même au-delà puisqu'il sera découvert couché à côté du corps putréfié de la vieille Dame 3 semaine aprés son dernier souffle... Gary qui angoissé par la mort, le déclin, la sénilité fini par se suicider en Décembre 1980... Momo exprime le refus de Madame Rosa pour ce qu'on appelle désormais l'acharnement thérapeutique, la vision ultra-médicalisée de la vie et surtout de la mort qui prime dans notre société... Madame Rosa qui perdit sa famille entiére dans les camps de concentration refuse qu'on puisse la maintenir en vie sous le seul prétexte que cette derniére prime sur la mort...

Je suis confronté tous les jours à cette situation, le corps vieillissant qui se dégrade, la médecine qui multiplie les examens et les traitements car son but n'est-il pas la prise en charge du malade... je suis amené chaque jour a rencontrer des personnes en "fin de vie", pour lesquels parfois je ne comprends plus le pourquoi de telle chimio-thérapie ou de telle chirurgie... mon rôle de paramédical je le vois comme celui d'accompagnant, je ne soigne pas, ou pas grand chose, j'aide à lutter tant bien que mal contre la "dénutrition", j'ai surtout l'impression d'être là pour offrir une derniére parcelle de dignité... un peu de réconfort... pour être honnête parfois tout cela me fatigue, me déprime, je ne peux ni sauver ces gens de leur maladie, ni abréger leur souffrance... à l'hôpital on ne me demande pas mon avis, tout juste puis-je exprimer mon empathie...

Le constat amer, celui d'avoir l'impression qu'il n'existe toujours pas de systéme de soin palliatif digne de ce nom... que tout le monde devrait avoir le droit de mourir dignement, au lieu et à l'instant qu'il aura choisi... c'est "le droit sacré des peuples à disposer de lui-même"... ce matin l'une de mes patiente décédait sans avoir pu revoir une derniére fois sa maison, pour la simple raison que la médecine estimait que son état était trop critique pour envisager cette volonté (rien qu'un petit aller-retour)... trop critique pour quoi?... franchement je ne sais pas, je ne sais plus...

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vendredi 28 juillet 2006

Ceux du Grand Jacques

Mourir baiseur intègre
Entre les seins d'une grosse
Contre les os d'une maigre
Dans un cul de basse-fosse

Mourir de frissonner
Mourir de se dissoudre
De se racrapoter
Mourir de se découdre

Ou terminer sa course
La nuit de ses cent ans
Vieillard tonitruant
Soulevé pas quelques femmes
Cloué à la Grande Ourse
Cracher sa dernière dent
En chantant "Amsterdam"

Mourir cela n'est rien
Mourir la belle affaire
Mais vieillir... ô vieillir

Mourir mourir de rire
C'est possiblement vrai
D'ailleurs la preuve en est
Qu'ils n'osent plus trop rire

Mourir de faire le pitre
Pour dérider le désert
Mourir face au cancer
Par arrêt de l'arbitre

Mourir sous le manteau
Tellement anonyme
Tellement incognito
Que meurt un synonyme

Ou terminer sa course
La nuit de ses cent ans
Vieillard tonitruant
Soulevé par quelques femmes
Cloué à la Grande Ourse
Cracher sa dernière dent
En chantant "Amsterdam"

Mourir cela n'est rien
Mourir la belle affaire
Mais vieillir... ô vieillir

Mourir couvert d'honneur
Et ruisselant d'argent
Asphyxié sous les fleurs
Mourir en monument

Mourir au bout d'une blonde
Là où rien ne se passe
Où le temps nous dépasse
Où le lit tombe en tombe

C'est le Grand Jacques qui l'a dit... et pour répondre à Timbre mon espoir serait de mourir jeune... jeune cela s'entend à maintenant 27 ans et malgrés un suicide précoce et un suicide avorté stupidement c'est mourir  avant le troisième âge... c'est ne pas vieillir... l'idée d'être à l'aube de ma vie... dépendant des autre, incapable de contrôler certaines choses (je vous passe les détails)... ça m'insupporte, j'ai pas envie de durer, merci de n'avorter avant d'être une personne âgée!... Je dis cela mais il y a 10 ans j'écrivais n'en vouloir que 10 devant, maintenant 30 supplémentaires me paraissent un délai nécessaire si je veux accomplir quelques projets pour éviter une réincarnation... Cela nous améne en 2036... et encore je suis exigeant, je veux partir physiquement intégre...ou alors qu'une tumeur sommeille, qu'une tumeur solennelle, un cancer du genou comme Rimbaud rien ne serait plus beau... ça n'aurait pas sa salsepareille!... mais pas un autre alors!... même si j'ai l'impression de travailler d'arraché verre à pied pour obtenir un cancer de l'oesophage... j'ai une hygiéne de vie nécrophage, il faut bien donner à mon espoir un peu d'espoir... alors que l'espérance de vie augmente, que la médecine, et j'en sais quelque chose, fait tout pour que votre mort soit lente... j'y vais avec allant, espérant la mort au tournant, parfois en auto j'imagine que je suis sur la ligne droite de trop... je freine car j'ai l'espoir aussi de quelques marmots, on peut mourir jeune sans devoir vivre au trot, sans une année de trop et sans le manque d'une absence... je veux comme le pétrole être surconsommé, sciemment, jusqu'à ma perte programmée... je veux, je veux, je veux, l'aveu... j'aimerai pouvoir partir aprés avoir aimé, aprés avoir été aimé, aprés avoir aidé, aprés m'être apaisé... partir pour ne plus revenir... au cas où!... j'ai pas envie de me réincarner!

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